lundi 16 mars 2009

L'armée algérienne 1954/1994: Mutations internes4

DEUXIEME PARTIE:
L'EXERCICE DU POUVOIR
OU LA DOMINATION TOTALE DE L'ARMEE


Par Riadh Sidaoui

Dans une étude consacrée à la violence en Algérie, Mohamed Harbi écrit: " On sait que l’Etat algérien est né d'un acte fondateur éminemment violent, violence tournée contre le colonisateur, mais aussi contre le colonisé. Le modèle du politique qui a gouverné les relations à l'intérieur du FLN comme dans les rapports avec la société a souvent été réduit au pouvoir du fusil...au lendemain de l'indépendance, le pouvoir comme ses opposants, à quelques rares exceptions, ne croyait qu'à la force brute. "
Evidemment , le monopole de la force ainsi que de la violence est dans la main de l’armée, cet appareil sera nommé après l'indépendance l’armée nationale populaire (ANP).
De cette façon, Ben Bella arrive au pouvoir grâce au soutien de cette armée qui ne durera pas longtemps.


CHAPITRE (3): L’EPOQUE BEN BELLA

Le 4 août 1962, Ben Bella entre triomphalement à Alger avec l'armée de Boumedienne. Il ne tarde pas à instaurer le modèle socialiste dans le pays en s'appuyant sur l'aide de l’Egypte nasserienne et des pays socialistes.


3.1. LE CHOIX SOCIALISTE

En octobre 1962, encouragé par l'armée, le gouvernement algérien décrète une loi qui annule les transactions faites depuis l'indépendance et légalise la mise en place spontanée des comités de gestion. Il faut remarquer qu'avant 1962, vingt-deux mille Européens possédaient deux millions sept cent mille hectares, soit une moyenne de cent vingt-sept hectares par exploitant. Six cent trente mille petits exploitants algériens se partageaient sept millions d'hectares, soit douze hectares par famille; sans compter les paysans sans terre au moins aussi nombreux. Mais soixante-quinze pour cent des terres irriguées et fertiles étaient au mains des Européens, et quatre-vingt-dix pour cent de ces terres aux mains de six mille colons.

Le ministre de l'Agriculture, Omrane Ouzegane, se penchait plutôt vers la création de grandes "fermes d’Etat" à la soviétique ou à la cubaine. C'est en mars 1963 que l'autogestion fut institutionnalisée. Cette occupation insistante à l'agriculture et la paysannerie reflète l'appartenance sociale de l'équipe dirigeante à cette classe. Cette équipe composée d'une coalition entre Ben Bella et l'armée partageait les mêmes idées progressistes, toutefois des scissions apparurent entre ses deux ailes, civile et militaire.

3.2. FLN / ANP: nature de relations

L'Algérie a vécu théoriquement sous le régime du parti unique. Dans les faits -et malgré les habillages institutionnels et idéologiques- l’armée demeurait l'instance déterminante, sinon la seule source du pouvoir politique.

Plusieurs chefs historiques de la révolution ont contesté la domination des militaires sur l'appareil de l'Etat algérien indépendant. Mohamed Boudiaf critique cette domination en signalant que "l'armée nationale populaire (ANP), partout installée, elle se transforme progressivement en une armée traditionnelle complètement coupée des masses, imposant au budget national une contribution très lourde, infiniment trop lourde pour un pays sous-développé, qui a besoin de beaucoup économiser, s'il tient à ne pas tomber sous la coupe du néo-colonialisme, d'autant plus exigeant que nos difficultés financières sont aigus."
Alors, fallait-il répondre que l’armée algérienne n'est pas une armée professionnelle comme les autres armées du monde, ses officiers et ses soldats ne sont pas des simples salariés, mais des militants politisés qui ont fait leurs "carrières" dans les maquis. En outre, il faut rappeler que les militaires de l'ANP sont aussi des membres actifs au sein du FLN, du comité central jusqu'au bureau politique. C'est pour ces raisons que nous ne pouvons pas parler réellement d'un coup- d’Etat militaire algérien.

L' ANP, alors, armée des paysans maquisards, a voulu prendre tout le pouvoir et écarter Ben Bella, elle y parvenue sans grande difficulté.

3. 2.1. LE COUP D’ETAT DU 19 JUIN 1965

En 1962 les militaires, considérant qu'ils ont donné l'indépendance au pays, revendiquent la construction de l'Etat. Cependant, "L'armée continuera à inculper aux jeunes officiers la croyance en sa primauté sur la société et l'Etat."

C'était pour des raisons du conflit pour le pouvoir, que le cercle des opposants de Ben Bella, s'agrandit. Il y a maintenant, en plus des intimes et des collaborateurs directs de Boumedienne, le chef d’état-major, Tahar Zbiri, le commandent de la 1ère région militaire (l'Algérois), Saïd Abid, Ahmed Draïa, Mohamed Salah Yahyaoui et d'autres officiers, qui deviendront membre du conseil de la révolution, et prendront part peu à peu aux réunions.

Le coup-d'Etat du 19 juin 1965 sera un autre pilier dans l'édification du mythe de l’armée. Ce qui fut appelé "le redressement historique de la révolution” va ainsi redonner à l’armée une place centrale dans le pouvoir. Le Conseil de la Révolution, constitué après la proclamation de juin 1965, est formé de militaires et détiendra tous pouvoirs. Ben Bella a cru qu'il pouvait contrer le pouvoir de l’armée et son chef par le parti du FLN. Dans ce contexte, il a menacé une fois Boumedienne en lui déclarant: "je te le dis, cher frère, sans le parti, tu ne seras rien. Avec le parti, tu seras tout". Plus tard, la réponse de Boumedienne fut "nous ne sommes pas allié avec lui, disait-il déjà. Il s'est allié avec nous". "Entre lui et nous, le seul lien est le programme de Tripoli" . C'est la suite des événements qui montreront que la domination de l'armée sera totale sur le pouvoir en Algérie.

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